I - Comment le Bloc Communiste a-t-il été discrédité ?
1°) Qui veut la Guerre ?
Avec la multiplication des armements et le rejet sur l’autre
bloc des responsabilités, la Guerre est proche. Le rappel des
peurs anciennes (celles de la Seconde Guerre Mondiale
notamment), deviennent des moyens de persuasions pour rallier
les masses à la cause de l’anticommunisme.
Afin de discréditer les Communistes, Paix et Liberté montre à travers cette affiche le nombre de divisions. Ainsi, on observer deux généraux de l’armée regardant chacun son armée : le nombre de divisions (au nombre de 61 pour le Bloc de l’Ouest contre 265 pour le Bloc adverse). Le Bloc Oriental est montré comme agressif, belliqueux alors que l’Europe Libre devient le camp de la Paix. De plus, l’aspect des généraux est très différent : on distingue à gauche un homme jeune et peu gradé alors que le général de droite, Communiste, est âgé, gradé et observe avec un certain retrait la carte comme s’il était serein quant au devenir de son État. IMAGE 1
Il est important de noter que le Mouvement de Paix et Liberté a été impulsé par l’État Français en septembre 1950. Il s’agit précisément d’une officine gouvernementale spécialisée dans l’anticommunisme. Son nom reprend deux termes du slogan fondateur du Front Populaire : « Pain, Paix et Liberté ». C’est donc grâce à un financement public que cet organisme, dont Jean Paul David est à la tête, peut faire dessiner et placarder deux cents affiches, effectuer des allocutions radiophoniques et publier trois organes de presse (un pour les Politiques, un pour la Jeunesse et, enfin, un pour le public féminin). C’est à l’aube de la Vème République, en 1956, que Paix et Liberté sera dissout.
Enfin, Berlin est au cœur du dispositif communiste. Il faut bien faire remarquer que ce sont les russes en réaction à la conférence de Londres qui ont fermé les voies d’accès terrestres à Berlin : le blocus durera entre le 23 juin 1948 et le 12 mai 1949. A cette conférence, conférence où les russes n’avaient pas été invités, les trois puissances occidentales (États-Unis, France et Royaume Uni) ont décidé unilatéralement d’adopter le Deutsche Mark en remplacement de la monnaie d'occupation. De plus, ils signent un accord de principe pour l’organisation de l’Allemagne Occidentale, mettant en place une Assemblée Constituante. L’Autorité Internationale de la Ruhr contrôlerait ainsi la région et s’assurerait de sa démilitarisation. IMAGE 2
Sur cette caricature de l’américain Fitzpatrick publiée dans le journal Saint Louis Post Dispatch en juin 1948, on peut observer l’Ours portant une casquette communiste, symbole de Berlin, resserrer ses griffes afin de garder pour lui tout seul Berlin, en entier, c’est à dire les 4 secteurs répartis entre les différentes puissances à la conférence de Potsdam. De plus, à l’entrée de la ville, les drapeaux anglais, américain et français sont visibles de gauche à droite. Ainsi, il ne reste plus qu’une voie de communication ouverte sur le monde occidental. Cette affiche est très caricaturale ; mais elle reflète la réalité de cette période de la Guerre Froide.
2°) Qui veut la Paix ?
Suite aux Guerres, la Paix détient une place importante dans les valeurs que se disputent les deux Blocs. Ainsi, la Colombe est un des symboles les plus connus pour défendre cette notion. Une nouvelle fois, Paix et Liberté est au premier rang pour discréditer, grâce à la Colombe, les Communistes.
On retrouve tout d’abord Jo-Jo la Colombe qui est à la fois une caricature et en même temps l’allégorie des soviétiques. L’homme, Joseph Staline, tient en laisse l’oiseau par sa ceinture et attend au détour d’une rue avec une pancarte « Paix » afin de frapper les gens qui passent devant lui de son arme moyenâgeuse, prolongement du bras gauche orné de la faucille et du marteau. L’affiche confère une forte image de barbarie au Dictateur Soviétique. A l’origine, « la Bible relate cet épisode où, après le Déluge, Noé envoie une colombe pour savoir si le cataclysme a pris fin. Revenant avec un rameau d’olivier, elle le rassure. Ainsi cet animal devient-il un symbole de paix. » (Confère Les Couteaux entre les Dents). IMAGE 5
Reprenant la Colombe de la Paix de Pablo Picasso réalisée en 1949, Paix et Liberté réalise lors de sa première affiche la Colombe qui fait Boum. Sur fond rouge, la Colombe aux yeux rouges et noirs, tient dans son bec un rameau d’olivier. On distingue sur son corps des rivets et le symbole soviétique la comparant ainsi à une arme de guerre, un blindé pour être précis.
Il faut rappeler que 1949 voit la naissance du Conseil Mondial de la Paix. L’origine du Mouvement de la Paix se trouve dans la création des « Combattants de la Paix ». Charles Tillion, responsable Communiste français, fin 1947, lance un appel afin de créer une organisation destinée à « soutenir le régime républicain et interdire le retour du fascisme et de la dictature ». Sous la direction d’Yves Farge (membre du Parti Communiste Français), soixante personne vont collaborer, à partir du 22 février 1948, au sein des Combattants de la Liberté. A la suite du Congrès des peuples pour la Paix, qui s’est tenu à Wroclaw en 1948, le Mouvement Mondial de la Paix se constitue. Les Combattants de la Paix devient ainsi le Mouvement de la Paix. C’est à cette occasion que Picasso, Communiste, dessine sa Colombe de la Paix. On peut donc comprendre pourquoi elle est reprise par Paix et Liberté. IMAGE 6
3°) Enfer et Paradis
L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques est tantôt considérée comme un camp de vacances, tantôt comme un camp de forçats. Ainsi, dans l’affiche « Profitez des camps de vacances… soviétiques » de Paix et Liberté, on remarque que les barreaux, au premier plan renforcés par les rayures verticales des prisonniers forment un double emprisonnement dans le communisme à la fois avec les vêtements rouges et gris et à la fois avec le cadenas. La misère et le malheur sont suggérés par l’extrême pâleur des visages unis et l’absence de cheveux, les comparant ainsi à du « bétail ». De plus, les visages sont unis pour permettre à tous les hommes de s’identifier à eux. C’est donc la destruction de l’individu. IMAGE 7
L’URSS au grand air, affiche de Paix et Liberté, n’est pas une caricature du pays. Sur cette affiche, chaque région a sa spécialité mais il s’agit en réalité d’une couverture afin de cacher les réalités qui sont toute autre. Ainsi, les Musées à l’Ouest sont véritablement des musées à la gloire du Parti Communiste et à son chef, les stations thermales au Nord correspondent aux Goulags. IMAGE 8
Produisant plus que les Capitalistes selon leur propagande, les Soviétiques après 1949 adopte le CAEM. Il s’agit d’un plan d’entraide économique intra communisme créé par Staline. Cet organisme avait pour but la spécialisation des industries nationales des pays communistes mais aussi la meilleure productivité. Il s’agit de l’équivalence au plan Marshall, plan de redressement économique américain après la Seconde Guerre Mondiale. Sur la caricature de Herblock parue dans le Washington Post du 26 septembre 1949, Plan Marshall et CAEM, « c’est la même chose, sans les soucis mécaniques » pour le second. Sur cette image, on remarque que le Plan Marshall est glorifié car le cultivateur est heureux assis sur son puissant tracteur alors que les russes mettent l’Homme à la place de l’animal. Ils regardent avec jalousie de l’autre côté du mur. Il y a donc une très nette opposition. IMAGE 9
Enfin, une caricature à propos de Staline a été publiée en décembre 1989 par la revue satirique russe Krokodil. Cette caricature réalisée par un dessinateur du journal Krokodil donne à Staline un nez aplati et des têtes de mort sur son visage. IMAGE 10

